Qu’est-ce qui a contribué à l’éclosion de la brillante civilisation égyptienne ?

Carte de la Haute Egypte, abritant la culture de Nagada, période pré-dynastique.
Croquis. Fragment d'une palette cérémonielle illustrant un homme et un type de bâton, Naqada III tardif (période pré-dynastique). https://www.metmuseum.org/art/collection/search/547391

Il semble que les égyptologues se posent toujours la question, bien que des pistes ont été proposées, mais qui ne semblent pas convaincre tout le monde … Malgré une imposante bibliographie traitant de la civilisation égyptienne, il existerait encore des zones d’ombres, notamment sur l’éclosion de cette civilisation, tout aussi subite que mystérieuse.

 

Qu’est-ce qui a pu contribuer à son essor fulgurant, surgissant presque de nulle part ? La période dite « prédynastique » ayant été plutôt peu, ou pas inventive (avec peu de réalisations) on se demande alors si cette mutation est due seulement à une origine locale, ou alors si un apport extérieur aurait pu être à l’origine. De cette période pré-dynastique, on ne trouve pas grand-chose qui pourrait être le catalyseur de départ. C’est alors que les prochaines recherches allaient plutôt élargir leur champs d’investigation vers une origine extérieure.

 

S’il est une chose qui est certaine, c’est que l’Egypte était de tout temps envahie, et même occupée par des nations étrangères, comme les hyksos, koushites, perses, grecs, romains, etc … Cependant, les égyptologues se demandent si une invasion plus ancienne, non identifiée, n’aurait pas été entreprise durant cette période prédynastique. Ce serait cette présence extérieure hypothétique qui serait le catalyseur de la civilisation primitive des égyptiens et de son évolution future. A défaut d’invasions, on peut également évoquer de possibles échanges commerciales dans les zones maritimes bordant la péninsule arabique, … et au-delà de cette péninsule : la cité de Sumer, proche du Golfe Persique.

 

Une influence mésopotamienne ?

 

« Dans le temple d’Osiris à Abidos, le dieu faucon « visiteur », est transporté sur un bateau par le roi égyptien lui-même. Ce dieu faucon Horus – dont le nom tire ses origines de Mésopotamie -, fils de Osiris, est l’un des mythes fondateurs de la civilisation pharaonique. (….)  Certains égyptologues se sont étonnés aussi, que dans l’armement des premiers Égyptiens, une massue révolutionnaire inventée en Mésopotamie, ait rapidement remplacé la massue discoïdale, devenant même le symbole de puissance des pharaons. 

On doit sans aucun doute cet apport aux nouveaux venus, que les Égyptiens appelaient les suivants d’Horus. Sans oublier l’architecture avec des constructions identiques et qui n’ont pu être inventées en même temps, à la même époque et à deux lieux distants de milliers de kilomètres. D’autres témoignages existent aussi, comme le couteau d’apparat découvert dans le Sud de l’Égypte, représentant d’un côté un personnage central portant un long caftan et un turban comme les dieux sumériens. » (Tidiane N’Diaye).

 

L’archéologie révéla (en Haute Egypte) des tombes prédynastiques égyptiennes comportant des objets en abondance, caractéristiques de la culture mésopotamienne, sur les sites de Nagada et Hiérakopolis, confirmant les liens précoces entre le territoire de la Haute Egypte (lieu de naissance de la civilisation égyptienne) et la civilisation mésopotamienne, probablement vers la fin de la période prédynastique. Parmi les trouvailles archéologiques se trouvaient un fragment représentant un personnage barbu avec son bâton montre clairement une influence mésopotamienne.

 

Serait-il un égyptien ou un sémite ? Une chose est certaine c’est que cette représentation ne correspond pas du tout à l’image d’un égyptien rasé, tel que nous avons l’habitude de voir.

 

La raréfaction des pluies hisseront les fleuves au premier plan dans le développement civilisationnel. Ces fleuves seront autrices de grandes abondances de nourriture, favorisant l’agriculture, l’élevage, et par conséquent, la sédentarisation et l’urbanisation des peuples.

 

Les égyptiens imiteront à leur tour ce mode de vie. Le goût pour le gigantisme architectural grandira, à l’instar des grandes cités mésopotamiennes : les grandes pyramides apparaîtront en Basse Egypte, dont on serait également tenté de faire e rapprochement avec les grandes ziggourats. Les pharaons égyptiens imiteront les souverains mésopotamiennes en se faisant enterrer avec leur richesse personnelles, comme de l’argent, du mobilier, des pièces d’art, etc …

 

« Aussi, mon intime conviction et au vu des échanges entre peuples de cette région, est que de la même manière qu’une part considérable de ce que nous attribuons à la civilisation grecque ancienne, avait eu des antécédents clairement identifiables dans des cultures voisines établies de longue date comme l’Égypte ; de même que tout le patrimoine romain fut bâti sur l’héritage étrusque, avant de s’épanouir avec l’apport des Grecs ; il est aujourd’hui établi que le savoir des Sumériens a bénéficié aux Égyptiens. » (Tidiane N’Diaye).

 

Mais cette piste ne semble pas être soutenue par tout le monde et l’apport mésopotamien est minimisé par d’autres égyptologues, sans toutefois savoir exclure cette hypothèse, favorisant un essor fulgurant d’origine locale.

 

Quoi qu’il en soit, la civilisation égyptienne fut bâtie à proximité de son grand fleuve Nil et de son Delta nourricier. Ces zones géographiques, situées à proximité des grands flux migratoires, attirèrent forcément des visiteurs ultérieures, attirés par les richesses produites. L’Egypte se situe également à proximité de l’aire linguistique sémitique. Le Sinaï était le pont menant d’Asie à l’Afrique. Les zones fertiles égyptiennes n’étant garnies ni de montagnes et d’autres zones accidentées, ayant pour seul défense, des places fortes, cela devenait une entreprise aisée.

 

L’égyptien ancien, pourtant stable depuis toute son existence, révèle également une grande part de vocabulaire sémitique ainsi que d’une grammaire similaire aux langues parlées au Moyen-Orient, ce qui pourrait démontrer une mixité très précoce avec des proto-peuples de langues sémitiques. L’Egyptien fait également partie de la famille des langues car classée comme langue afro-asiatique également, tandis que la génétique y révèle également des liens très étroits.

 

On peut donc difficilement penser que l’Egypte, pourtant située au portes du Levant et bordé par la Mer Rouge, n’ait pu capter aucune inspiration en provenance de l’extérieure.

…………………………………………………………………………………………………….

 

Sources tirés de Monsieur Tidiane N’Diaye et de son livre « féminisme en Afrique et dans la diaspora » (page 106–121).

Le contenu peut être trouvé ci-dessous :

https://www.cairn.info/revue-africultures-2008-3.htm

Égypte négro-africaine : vérité historique ou récupération afrocentriste ? | Africultures

Mr N’Diaye est un scientifique sénégalais reconnu, et avait donné plusieurs avis au sujet de l’afrocentrisme. Et entre parenthèse, c’est dans ce livre que se trouveraient ces lignes concernant des liens précoces entre la haute Egypte pré-dynastique et Sumer.