Que sait-on au sujet d’Alexandre le Grand, mais dont l’Histoire évoque peu ?

Carte illustrant la situation politique du monde après l'intrônisation d'Alexandre III de Macédoine.

On pense souvent que peu après l’intronisation d’Alexandre III de Macédoine, la situation était immédiatement propice à faire la célèbre campagne contre l’empire perse.  Mais ce n’était pas le cas, … en tant que très jeune roi, il devait faire ses preuves en essayant de survivre à un grand baptême du feu.

Le connaissez-vous ?

 

Vaincre ou mourir.

 

Alexandre le Grand n’avait que vingt ans lorsqu’il monta sur le trône de Macédoine. Très rapidement, il se voyait prendre des décisions qui allaient s’avérer crucial pour la suite des événements. Mais cela était souvent de coutume à l’Antiquité, chaque souverain devait éliminer des prétendants, tandis qu’à l’extérieur, la mise en place de personnalités peu ou pas expérimentés était souvent le moment propice pour faire la guerre, mener une révolte ou entreprendre des actions d’intrigue.

 

Immédiatement, il devait « vaincre ou mourir », en défendant à la fois son trône et ses possessions contre les invasions des voisins alentours qui le pensaient inexpérimenté et non-charismatique. Mais les cités grecques n’étaient pas les premières à saisir cette occasion : il y avait d’abord les Gètes et les Triballes (daço-thraces) qui, auraient été les premiers à troubler son règne fragile en organisant des invasions au sud.

 

Parallèlement, à l’ouest de ses frontières, émergeait un héros charismatique du nom de Kleitos, et ligua les tribus illyriennes du sud les plus importantes, comme les Dardaniens, les Taulantiens et les Autariates. Les chefs Glaucias et Pleuras confèrent leur autorité royale à Kleitos, dont ce dernier se proclama comme « roi des illyriens« . Nous connaissons peu de choses sur ce personnage, et les informations sont souvent contradictoires. La plupart des historiens modernes font de lui soit le fils de Bardylis Ier (le beau-père et adversaire malheureux de Philippe II de Macédoine), ou soit son petit-fils. Gageons que pour Kleitos, une sorte de compte à régler devait être dans son esprit, compte tenu du fait que Bardylis Ier avait été tué par Philippe II.

 

Et en plus de tout cela régnait une grande opposition au sein de l’aristocratie macédonienne. Une véritable coalition s’était donc formé contre lui.

 

Sans plus attendre, Alexandre devait d’abord se charger de punir meurtriers et rivaux, comme son cousin Amyntas et Attalos, un ami de son père. Il bénéficia pour cela d’importants soutiens, tel Antipatros et Parménion qui lui permirent de raffermir ses positions. Une fois raffermies, il mena campagne au nord de la Macédoine pour y chasser les tribus barbares.

 

buste d'Alexandre
Buste d'Alexandre

 

Aux quatre coins de la Macédoine. …

 

Au printemps 335 av. J.-C., Alexandre vainc d’abord les Gètes, puis traverse le pays des Odryses et défait les Triballes du roi Syrmos sur les bords du fleuve Hémos, près du delta du Danube. Syrmos a perdu près de 3 000 guerriers, poussant les autres tribus à la paix.

 

Ensuite (juillet 335), Alexandre marcha avec ses troupes vers le territoire des Agrianes en Péonie pour y rencontrer les illyriens du célèbre Kleitos. Certains spécialistes sont d’avis pour dire que la guerre contre les illyriens figurait comme étant la campagne la plus difficile de sa jeune carrière : Kleitos était un chef expérimenté qui avait des années de carrière derrière lui. Il surpris les macédoniens en capturant rapidement la ville de Pélion et y plaça une garnison.

 

Cependant, Alexandre fit immédiatement son apparition et surpris à son tour Kleitos en le bloquant à l’intérieur des murs de la cité. Mais une armée illyrienne de secours arriva à temps afin de briser le blocus : Alexandre n’eut d’autre choix que de battre en retraite. Mais ayant retenu les leçons de son échec, il revint en force sur les lieux. 

 

L’ouvrage d’Hammond intitulé : “The Macedonian State. The Origins” décrit les événements de la bataille : les lances hérissées se balançaient à l’unisson, la phalange progressait vers l’ennemi, en colonne, et se déplaçait sous la forme de formations complexes, surprenant les illyriens qui n’avaient jamais rien vu de tel. Les chefs, regardaient au loin cet étrange rituel. Au cris de guerre macédonien, les forces d’Alexandre enfonçaient les positions des illyriens, provoquant peu après la fuite de Glaukias, un chefs chrismatiques de Kleitos, laissant la confusion de la bataille agir en faveur des macédoniens.

 

Victorieux de Pélion en décembre 335, Alexandre contraint les Illyriens au repli. Kleitos garda son trône, devenant allié et vassal du royaume de Macédoine.

 

Les nouvelles ne tardèrent pas à se propager vers le sud où les cités grecques semblent de plus en plus consternés, toutefois sans ébranler l’opinion de Démosthène qui persista dans ses discours, semblables aux Philippiques qui discréditaient son père quelques années plus tôt. Mis au courant des agissements de celui-ci, Alexandre promit une riposte foudroyante, disant (selon Plutarque) :

 

«Démosthène me traitait d’enfant quand j’étais en Illyrie et chez les Triballes, puis d’adolescent quand je suis entré en Thessalie ; je vais lui faire voir, devant les murs d’Athènes, que je suis un homme ! »

 

Alexandre parvint sur le site de Thèbes, empêchant la ville de recevoir de l’aide extérieur. Elle ne put empêcher la jonction des troupes macédoniennes, installée dans la forteresse de la Cadmée. La ville tomba, et le sort des vaincus fut terrible. Le « bataillon sacré« , reconnu comme étant les plus féroces de la Grèce des cités, fut taillée en pièces.

 

 Les survivants furent asservis, et la cité fut rasée. Ce fut un coup d’éclat qui propagea la stupeur dans toute les cités grecques. Ainsi se brisa cette fabuleuse coalition qui aurait pu mettre un terme à sa grande aventure, et modifier radicalement une large partie de l’Histoire.

 

Ce sont des événements méconnus, mais qui ont été déterminants pour les années à venir, car l’Histoire du monde aurait été à coup sûr très différente si les projets communs des Athéniens, Thébains, Illyriens, Thraces et Gètes avaient eu raison d’Alexandre, avaient abouti à une issue heureuse… Imaginons si cette grande coalition aurait abouti au dépeçage de tout ce que Philippe II avait bâti.

 

A cela, nous pourrions nous poser beaucoup de questions :

 

Quelle importance Alexandre III aurait-il eu dans l’Histoire ? Sur quel génie charismatique les généraux romains auraient pris comme exemple ? Le système de phalange à la macédonienne aurait-t-il été si populaire ? La Grèce aurait-t-elle été une puissance mondiale, ou alors condamnée à vivre divisée, voire connaître et défier un troisième péril perse, avec un Roi des Rois plus pragmatique et disposant dans ses rangs des chefs mercenaires de valeur, tel Memnon de Rhodes ? 

 

Beaucoup de questions à se poser si on retire Alexandre III de Macédoine de cette longue équation historique …