La supériorité de l’armée romaine : quelles sont les causes ?

Carte illustrant la deuxième guerre punique après le désatre de Cannes (216 av JC).

 

Ce qui expliquait la supériorité des Rome sur toute les autres puissances du monde antique était probablement sa remarquable capacité d’adaptation.

Pour quelles raisons ?

 

citoyenneté et courage.

 

Au plus fort des guerres médiques (490-479 av JC), Rome était une cité qui venait de s’affranchir de la domination des rois étrusque. La Révolution de 509 (date traditionnelle), permit aux familles romaines les plus influentes de s’accaparer le pouvoir. L’indépendance de la cité Rome allait immédiatement être testée par les voisins alentours, notamment à travers les « guerres latines » qui opposeront les romains aux étrusques.

 

Mais l’armée romaine était une armée composée principalement de paysans-citoyens durs à la fatigue, de petits propriétaires qui se battent avant tout pour protéger leur bien de subsistance qu’était la terre nourricière. Les différentes guerres démontreront que les romains étaient naturellement d’une grande ténacité et de patriotisme, dont les historiens abondent en exemples héroïques.

 

La guerre presque centenaire face à la cité de Véies mettra à l’épreuve leur courage … mais peu à peu, Rome triomphera de ses ennemis, augmentant peu à peu son territoire aux alentours, au moment même où le monde grec se déchirait à travers la célèbre guerre du Péloponnèse.

 

Par la suite, la tactique militaire des romains allaient connaître sa première réforme : l’abandon de la phalange hoplitique au profit d’un système plus souple, conforme aux réalités du terrain accidenté du territoire. Cela allait être un changement doté d’une grande signification, car naîtra ainsi le système dit « manipulaire », l’arme mortelle des phalanges.

 

Il est probable que cette réforme ait pu survenir au moment où Rome faisait la guerre contre les samnites, peuple montagnard vivant à proximité de la cité grecque de Néapolis (Naples). Avant le grand désastre de Cannes face à Hannibal Barca, les romains avaient connu le désastre des « fourches caudines ». Mais Rome sortira vainqueur de ces derniers. Rome sortira également vainqueur de la « ligue latine », où près de 30 cités réunirent leurs forces, mais en vain.

 

La bataille de Sentinum (295av JC) confirmera la supériorité de l’armée romaine sur ce qui peut être considérée comme la coalition la plus dangereuse qui menaçait son existence (celtes, étrusques, ombriens et samnites). Le succès militaire des romains commencera à faire de l’ombre sur les cités grecques d’Italie. Mais la volonté, la ténacité et le patriotisme allait tout de même voir certains obstacles n’être surmontées que par une certaine adaptation, ou ruse.

 

L’Italie était, depuis l’âge de bronze, une terre de migration. Plusieurs peuples allogènes, comme les grecs et les étrusques s’installèrent et fondèrent des cités, emportant avec eux leur technologie et leur manière de vivre. Les romains trouveront également appréciable l’apport technologique de ces peuple. Aux prises avec les Celtes du nord de l’Italie, l’armée romaine découvrira la « lorica harmata » qui est une armure faite de mailles inspiré de leurs adversaires. La cuirasse de bronze deviendra peu à peu désuet.

 

Lorsqu’éclatera la première guerre Punique, Rome s’inspirera de la technologie navale de son adversaire carthaginois pour réformer sa marine et ainsi contester la domination maritime de Carthage grâce à la victoire à proximité des îles Egades. Mais la clé de cette victoire était avant tout l’infanterie navale, entraînée à se battre par l’intermédiaire d’abordage.

 

L’Italie unifiée, Rome allait voir ces ressources en hommes quasi illimitées. Pour tout dire, la péninsule italienne était considérée comme la « plus grande réserve d’hommes au monde », ce qui explique en partie la défaite de très bons généraux tel Pyrrhus d’Epire qui, malgré ses éclatantes victoires d’Héraclée de Lucanie et d’Ausculum, sera incapable d’affronter une armée romaine toujours recomposée et réorganisée.

 

Rome jouera aussi des divisions entre grecs afin d’agrandir sa propre influence. On se souvient que lorsque la ville de Rome sera mise à sac par les celtes, un vent de sympathie s’était emparé du monde grec. Cette sympathie grecque (à l’exception des grand Royaumes tel la Macédoine, Séleucie et autres Diadoques) était toujours d’actualité lorsque le sénat enverra les légions s’aventurer hors de l’Italie.

 

La République romaine s’implantera facilement en Grèce : les cités grecques attendant la fin du leadership de la Macédoine par l’intermédiaire de ce formidable allié. La troisième guerre de Macédoine confirmera la supériorité des légions romaines sur la phalange.

 

Plus tard, ce sera Carthage qui sera détruite, puis Corinthe et Numance. Caius Julius Caesar brisera l’union des tribus celtes à Alésia et transformera la Gaule en province romaine. L’ombre de Rome inquiétera grandement les derniers royaumes hellénistiques d’Asie et d’Afrique sans pour autant opposer une résistance efficace, à l’exception du royaume du Pont, dont la République romaine en viendra à bout au prix de trois guerres coûteuses, où des généraux tel Scylla et Pompée interviendront.

 

L’Egypte Lagide, dernier adversaire, sera annexée après la mort de la reine Cléopâtre.

 

Un atout majeur.

 

Plus d’un historien fait remarquer que la puissance romaine était, sous bien des aspects, différente des grands empires qui avaient dominé le monde civilisé. C’est l’avis de l’historien H. G. Wells ainsi que d’autres qui partagent un avis similaire.

 

Elle disposait de l’avantage de la logistique grâce à des routes pavées, mettant Rome à disposition d’ un exceptionnel réseau routier, favorisant à la fois le commerce et le déplacement des légions. Les romains étaient aussi de bons terrassiers. Chaque soir, après arrêt de marche, un camp retranché devait être construit pour éviter d’être surpris par une embuscade et éviter d’être sévèrement châtié. Il y avait aussi une excellente discipline. Les historiens estiment que c’est probablement l’aspect fondamental de la puissance de l’armée romaine.

 

Derrière chaque soldat surentraîné se cachait un excellent ouvrier, capable d’utiliser avec la même dextérité les outils de construction, permettant par moment des issues heureuses à des objectifs militaires. Par exemple, lors de la guerre des Gaules, Jules César (dans son entreprise de siège de la ville d’Avaricum) fera construire une immense rampe d’assaut destinée à réduire l’avantage des défenseurs qui bénéficiaient d’une hauteur exceptionnelle qui pénalisait tout assaillant qui oserait attaquer.

 

A la bataille d’Alésia, c’était plus de 35km de fortifications qui avaient pris au piège le héros Vercingétorix  qui s’en était retranché. Pour plusieurs spécialistes, c’était la clé qui permit l’étendue aussi vaste de l’empire romain sur une période de longue durée. L’armée romaine avait comme atout son expertise à bâtir. 

 

Après cinq siècles de guerre, Rome, devenue Empire, imposera sa « paix romaine« , et les empereurs qui se succéderont s’attacheront à consolider les frontières de ce vaste territoire.