Comment les Byzantins se sont-ils remis de la désastreuse bataille de Manzikert, au point de reprendre l’offensive face aux Seldjoukides ?

Carte de l'Anatolie, partagée entre l'Empire Byzantin, le Sultanat de Rûm , les Danishmendites et le Royaume de Petite Arménie.

 

Il faut savoir également qu’avant le désastre de Manzikert, l’empire byzantin était déjà rompue aux tactiques de guerre usés par les nomades turciques, puisque ses armées avaient intégré ces techniques, déjà depuis les Perses Sassanides et les guerres contre les Avars, adoptées par les polyvalents cavaliers cataphractes, qui étaient les unités les plus redoutables de l’empire.

 

Des Byzantins chevronnés.

 

Avant l’apparition de Seldjuk dans l’Histoire, l’empire romain d’orient avait eu à faire autrefois à des nomades en provenance des tribus turciques. L’historiographie retiendra la défaite de ses armées face à Attila le Hun, et obligé de payer tribut afin de détourner les envahisseurs vers l’Ouest. Lorsqu’Attila sombra dans l’oubli, cela n’allait pas pour autant être la fin des invasions.

 

Les premiers peuples étaient les Avars. C’était un ensemble hétérogène composé d’une minorité dirigeante turcique et une majorité slave. Après les Avars, d’autres peuples turciques déferleront, comme les Bulgars de la Volga, les Koutrigours, les magyars, les Coumans, etc… 

 

Tour à tour, des batailles ont été gagnées et d’autres batailles ont été perdues, mais ces envahisseurs finirent tous par disparaître de la région, confirmant ainsi la supériorité byzantine sur tous ses ennemis. L’empereur Basile II rétablira la frontière du Danube en détruisant l’empire des Bulgares en 1018.

 

Puis arrivera les Petchenègues. Ayant formé un Khanat au nord de la Caspienne, ceux-ci migreront à nouveau dans Balkans par la force et avec succès. Mais ils seront définitivement vaincus en 1122, par l’empereur byzantin Jean II Komnenos ; ceux se dispersant dans les Balkans et surtout en Transylvanie où ils se mêleront avec les valaques et les habitants du royaume de Hongrie.

 

Du temps des « Kataphraktoi« , les Byzantins avaient adopté une doctrine de guerre assez spéciale : pour les stratèges, l’infanterie devait servir de soutien à la cavalerie. Et cette cavalerie était rompue à toute sorte de tactiques, notamment ceux issus des peuples d’orient et avaient le chic de constituer une sorte de martingale à la fois contre les guerriers à cheval turcs, mais aussi francs.

 

Lorsque les seldjoukides feront leur apparition, les byzantins les prirent donc pour un groupe d’envahisseurs de plus, jouant au chat et à la souris et organiser des razzias allaient les mener jusqu’au centre même de l’Anatolie. Constantinople engagera donc ses forces contre ces groupes, remportant quelques succès. Mais ces succès étaient limités et non-décisives, poussant les byzantins à s’avancer plus loin vers l’est, dans la quête d’une victoire décisive qui finalement allait leur échapper. Romanos Diogenis fut défait et capturé.

 

Plusieurs raisons expliquent cette défaite : terrain défavorable, incompétence de ses officiers généraux et de lui-même, moral des troupes bas, défection des mercenaires qui passèrent dans le camp seldjoukide ,…

 

Mais ce n’était pas la défaite militaire elle-même qui avait mis fin à la domination byzantine en Asie Mineure, car le compromis trouvé entre Diogène et Alp Arslan était la reconnaissance par Byzance de la domination seldjoukide sur le Vaspourakan, (comprenant Mantzikert) mais aussi d’importantes cités frontalières comme Edesse et Antioche, en plus de la promesse d’une imposante rançon. L’Anatolie fut entièrement préservée. Par contre, ce fut une défaite qui eut des conséquences irréversibles sur la légitimité de Diogenis à Constantinople : les conditions étaient parfaites pour ses opposants qui désiraient le renverser.

 

Et ce fut chose faite (guerre civile byzantine). Après une défaite militaire en Bithynie, Diogenis fut plus tard forcé à la reddition… Puis dépossédé et aveuglé ,… Tout ceci provoquera la perte de presque toute l’Asie Mineure, peut-être parce que les seldjoukides reconnaissaient la légitimité byzantine en Asie Mineure qu’à travers Diogenis seulement.

 

Et cette situation chaotique allait perdurer jusqu’à l’installation d’une dynastie plus compétente, celle des Komnènes.

 

1085–1280

 

Un revirement militaire a été enclenché vers la fin du 11e, et s’explique par plusieurs facteurs : outre le fait que le dynastie des Comnènes ont fourni des empereurs très compétents, comme Alexis Ier, Jean II le Grand et Manuel Ier, etc… l’empire bénéficiera d’un ensemble de contextes favorables, comme :

 

  • La première croisade
  • La fondation des États latins d’orient
  • Le morcellement politique du monde musulman, favorisant à des entreprises de reconquête de petite et moyenne envergure.
  • Une politique de reconquête très prudente, su moins durant les premiers temps (Alexis ayant connu une situation militaire très inédite : 500 hommes pour défendre tout l’empire).
  • Des réformes dans l’armée byzantin (système « pronoia »).

 

Jean II est considéré par les historiens comme le plus compétent de tous et sera victorieux à la fois sur le front balkanique et anatolien. Il sera même surnommée « le Grand » et se révélera être beaucoup agressif que son père Alexis. Jean aura défait à la fois les turciques Petchenègues dans les Balkans et les Danichmendites au nord-est de l’ Asie Mineure (1130-1443). Plus tard, Manuel Ier reprendra la politique offensive de son père Jean II, avec divers succès également.

 

Et ce sera les élans de ces trois empereurs qui arrêteront l’expansion Seldjoukide, les incitant même à se placer sur la défensive tout en récupérant tout le pourtour anatolien jusqu’aux portes du plateau Cappadocien. Bien que l’élan aura été quelque peu ternie par la défaite de Myriokephalon (1176), ceci n’aurait pas empêché Manuel Ier d’entreprendre une campagne punitive l’année suivante, après avoir réussi à déjouer une contre-attaque seldjoukide.

 

Lorsque les Croisés avaient conquièrent Constantinople en 1204, qui forçait les impériaux à se confiner essentiellement à la partie occidentale de l’Asie Mineure, le Sultan Seljukide Khai Kuszraw (Sultan de Roum) avait eu à l’esprit d’attaquer Nicée, croyant leurs adversaires suffisamment occupés et affaiblis.

 

Non seulement ce fut une erreur de calcul, mais il s’était également engouffré dans une bataille-piège auquel il avait perdu la vie : l’empereur autoproclamé de Nicée tua Kay Khusraw de sa propre épée au plus fort de la mêlée, puis dispersa les forces ennemies. Cette défaite des turcs est le signe très net du déclin de la puissance seldjoukide qui n’ont pas su en découdre face à un territoire-refuge byzantin amputé de sa capitale, montrant également que les grecs médiévaux connaissaient très bien les tactiques de guerres turciques.

 

La bataille d’Antioche de Méandre (1215) sera d’ailleurs la dernière bataille d’importance entre les deux entités, car l’autorité seldjoukide devra répondre à différentes tentatives de dissensions jusqu’à leur incorporation complète dans l’empire mongol …

 

Cent années après la mort de Manuel Ier Komnenos, à l’instar des autres peuples turciques, les Seldjoukides finiront par disparaître eux aussi : leur état finira par être annihilé par le rouleau compresseur mongol. L’empire byzantin sortira ainsi vainqueur de cette longue confrontation contre cet ennemi (encore un de plus) vieille de plus de 250 ans, et ne manquera pas l’occasion pour signer un traité d’alliance avec les nouveaux occupants que sont les mongols.