A quand remonte l’archéologie assyrienne ?

Carte représentant les principaux sites de fouilles de la civilisation assyrienne. Ninive et Assur étant deux des principales capitales de l'empire.

Dès le XVIIe siècle, l’Assyrie avait suscité un grand intérêt parmi les riches collectionneurs et nobles : la plupart d’entre eux réaliseront des collections personnelles. L’année 1770 verra une expédition danoise être organisée sous l’autorité du Roi Frédéric V. C’est à cette période que l’on rapporta les premières copies d’inscription cunéiformes. Très tôt, on s’intéressa à leur déchiffrement. 

 

D’autres érudits avaient mentionné un intérêt pour l’Assyrie et surtout, Ninive dès le XIIe ou le XIIIe siècle. On pense que Benjamin de Tolède (érudit juif) fut parmi les grands passionnés qui ont fait un long périple, semblable à un « pélerinage de croisé« , afin de découvrir de ses propres yeux la grande ville de Ninive. 

 

Ernest Renan nommera cette passion : l’‘assyriologie’ ces successions de fouilles et leur étude. Mais cette discipline verra les scientifiques danois être éclipsés par une autre nation européenne. L’Angleterre sera celle qui fournira les voyageurs les plus intrépides, dont leur inspiration viendra de l’engouement pour l’Orient initié par différents intellectuels tel Lord Byron. Cette période sera d’ailleurs marquée par des séries d’oeuvres artistiques, dont le mouvement sera appelé ‘orientalisme’. 

 

Plusieurs spécialistes, tel Jean Bottéro, F. Talbot et J.Oppert s’attèleront à la tâche, consistant à faire parler la langue oubliée des assyriens, et chacun livrera ses propres résultats des traductions similaires à celles de Mr. Rawlinson, considéré comme étant celui qui fit grandement avancer les études de déchiffrement.

 

Les assyriens commencèrent alors à parler. Leur langue sera appelée “akkadien”.

 

Les érudits se feront concurrence au travers de leur thèse afin de comprendre s’il s’agit d’une langue artificielle ou non. L’année 1843 verra la découverte des vestiges de Khorsabad et du célèbre palais de Sargon II sur un affluent du Tigre. La mise au jour de ce palais, bâtie sur une plateforme de près de 10ha et les travaux archéologies qui eurent lieu ont sorti de l’oubli celui qui sera parmi les souverains assyriens les plus connus.

 

Sur le site de Ninive, des fouilles permirent la découverte d’un immense palais, attribuée à Sennakérib, comptent 70 pièces. En 1905, François Thureau-Dangin déchiffrera le sumérien, une langue complètement différente, ne semblant pas être sémitique. L’élamite aura été partiellement déchiffrée, ne semblant être rattachée à aucune autre langue découverte : l’écriture cunéiforme renferme donc plusieurs langues. Plus tard, on découvrira de nouvelles langues, comme le hittite, et plus tard encore, l’hourrite.

 

A la fin de la Première guerre Mondiale, lorsque la France et l’Angleterre exerceront leur mandat sur les anciennes provinces ottomanes que sont la Syrie, Liban et Irak, des méthodes nouvelles seront employées comme la stratigraphie et la photographie aérienne. On photographiera le site entier d’Ur dès 1927.

 

Le contexte politique des années 1930 verra une sorte de scission au sein des assyriologues où les scientifiques allemands, devant désormais leur ‘allégeance’ au nazisme d’Adolf Hitler, se concentreront davantage sur l’étude des hittites, en fonction du caractère indo-européen de ce peuple, que l’idéologie intégrera dans la famille aryenne, tandis que beaucoup d’érudits juifs allemands seront démis de leur fonction.

 

A la deuxième moitié du 20e siècle, les chantiers, interrompus par la seconde guerre mondiale, seront réouverts et susciteront l’intérêt de nouvelles générations de scientifiques aux origines diverses, venant de Belgique, de Tchécoslovaquie, Italie, Japon …. et également … soviétiques.

 

L’internationalisation des études assyriennes favorisent également des coopérations d’un genre nouveau entre tous ces états, favorisant des congrès internationaux, des expéditions conjointes entre deux ou plusieurs groupes d’experts.

 

Aujourd’hui, l’Assyrie figure parmi les civilisations les mieux connus, compte tenu de la surabondance des documentations, se comptant en centaines de milliers, et le flot ne cesse de se tarir. On peut expliquer cette abondance exceptionnelle des sources antiques par le désir des souverains successifs à vouloir léguer à la postérité leurs propres accomplissements dans un esprit triomphant et d’autocongratulation presque exacerbé. Les annales n’en manquent guère, allant jusqu’ à représenter des bas-reliefs des exploits de guerre et de chasse dont la plupart témoignent de leur férocité à la guerre.

 

L’environnement du site a permis la préservation exceptionnelle de ces sources. Cependant, il existe très peu d’inscriptions sur support en bois. Pratiquement tous ont disparu, à l’exception d’un document du palais de Sargon II. Des tablettes d’ivoire recouvertes de cire y subsistent en petites quantités. L’Assyriologie est souvent partagée entre la poursuite effrénée des découvertes archéologiques et un arrêt temporaire afin de pouvoir étudier les textes et permettre la diffusion de celles-ci.